la truite en Alsace

La truite fario

La truite fario (Salmo Truta Fario) est le poisson autochtone par excellence dans le massif vosgien et le piémont où coulent la plupart des rivières en Alsace.

Encore bien présente dans la partie amont des cours d’eau alsaciens, l’avenir de la truite est néanmoins assez incertain, en Alsace comme dans toutes les régions européennes d’altitude moyenne. Les populations sont en effet menacées de disparition du fait d’une multitude de dangers: pollutions accidentelles ou (et) chroniques, prédation des cormorans et autres prédateurs plus ou moins naturels, réchauffement climatique induisant une diminution du taux d’oxygène dissous dans l’eau, paramètre essentiel quant à la survie de l’espèce, diminution des caches (recalibrage des rivières et des ruisseaux), concurrence alimentaire liée à la diminution de la nourriture naturelle, particulièrement celle des insectes (insecticides, pesticides)

Déjà depuis les années 2000 il est flagrant que seul l’amont des cours d’eau, pour simplifier les portions situées au dessus de 400 mètres d’altitude, recèle toujours une population plus ou moins naturelle de truites fario dans les cours d’eau alsaciens. Même sur le parcours mouche de Schirmeck, situé à 350 m d’altitude, les chevesnes viennent se mêler à la population de truites pourtant conséquente. A l’occasion d’une pêche électrique effectuée en 2003 sur le parcours de Muhlbach sur Bruche, la Fédération de pêche avait déjà démontré que la biomasse était plus importante en poissons blancs (chevesnes, vandoises et barbeaux) qu’en truites fario.

La reproduction de l’espèce se poursuit, entre décembre et février, à l’amont de la plupart des ruisseaux de tête de bassin. Même si des alevinages parfois anarchiques ont abâtardi la souche sauvage, des efforts sont faits depuis plusieurs années par les Fédérations départementales et les Comité de gestion de Bassin pour y sauvegarder les souches naturelles. Ainsi la fédération du bas-Rhin a mis en place depuis les années 2005 un plan de réintroduction de farios issues de la souche dite Baerembach, du nom d’un ruisseau des Vosges du Nord dont les génomes paraissaient le moins pollué par les alevinages de truites issues de nombreuses piscicultures européennes aux souches diverses, mais rarement alsaciennes.

Si à la fin du XX° siècle l’alevinage était pratiqué , il faut bien le reconnaitre, de manière anarchique, la mise en place des comités de bassin et la professionnalisation des fédérations de pêche permet actuellement de remettre à l’honneur le plus souvent en Alsace une gestion patrimoniale, dont les effets, en qualité naturelle des truites se fait déjà sentir dans de nombreuses rivières alsaciennes, comme la Doller, la Thur, la Bruche, la Mossig, la Fecht, voire la Lauter.

En Alsace vous trouverez parfois de très grosses truites dans le vieux Rhin ou le contre-canal de drainage du Rhin, qui accueille régulièrement de gros poissons de remise, notamment des géniteurs réformés de la pisciculture fédérale d’Obenheim, Ailleurs, la taille moyenne des truites fario n’est pas très importante, les rivières alsaciennes étant gréseuses ou granitiques plutôt que calcaires, mais leur combativité et leur vivacité vous raviront.

La truite fario est un poisson omnivore et très opportuniste quant à sa nourriture. elle est par contre d’un naturel méfiant et ne se laisse pas facilement approcher. Les jours ensoleillés sont généralement moins bons pour sa pêche que les jours couverts et pluvieux, car elle est lucifuge.

Si de nombreuses techniques de pêche s’adressent à la truite, c’est la pêche à la mouche qui est certainement la plus passionnante. Elle est d’ailleurs l’espèce la plus régulièrement recherchée par les pêcheurs à la mouche. Elle permet la pratique de toutes nos techniques, car elle vient à l’occasion gober une sèche en surface, se laissera tenter par une nymphe dérivant au fil du courant, ira chercher rageusement un streamer ramené nerveusement ou encore cueillir une noyée passant à sa portée, dans la frénésie d’une éclosion printanière.

Au vu des menaces évoquées précédement qui pèsent sur les populations de truites fario, j’invite chaque pêcheur à la mouche responsable à prélever le minimum de ces poisson et à augmenter à titre personnel la taille minimum de capture, souvent officiellement à 23 ou 25cm, encore bien trop basse pour permettre aux plus beaux géniteurs de perpétuer l’espèce.

Truite fario mâle de la Murg en Forêt noire (Allemagne)

En bonus, vous pouvez voir ci-dessous un diaporama de truites fario, prises à la mouche sur la Bruche, permettant d’observer la variété de leur robes.

La truite arc-en-ciel

La truite arc-en-ciel (Onchorynchus Mykiss) n’est pas un poisson indigène en Alsace. Cependant, son implantation y est bien réelle depuis une cinquantaine d’années.

une truite arc-en-ciel prise en rivière

Elle est évidemment très présente en étang, lac ou réservoir, comme le réservoir des cigognes où les plus gros spécimens permettent aux pêcheurs à la mouche de capturer un poisson trophée.

Vous trouverez des truites arc-en-ciel dans la plupart des lacs d’altitude des Vosges alsaciennes, comme le lac des truites (ou du Forlet) où elles cohabitent souvent avec les farios.


Mais elle est également présente dans nos rivières. Des truites arc-en-ciel, dites portion, ont longtemps été déversées pour l’ouverture de la truite en 1° catégorie, et le sont encore dans certaines associations de pêche. Certaines survivantes de la forte pression de pêche des premiers jours de l’ouverture arrivent à l’occasion à s’adapter à leur nouveau milieu pendant de longs mois voire des années, et nous offrent alors une agréable pêche sportive.

Des truitelles d’élevage de souches de meilleure qualité ont également à l’occasion été alevinées dans plusieurs rivières alsaciennes et de très beaux poissons ont ainsi réussi à s’acclimater sur certains postes précis de ces rivières. J’ai encore en mémoire la capture en 2012, d’une très belle truite arc-en-ciel, visiblement ensauvagée, qui avait pris ma petite nymphe sur le parcours mouche de Muhlbach sur Bruche.

Moins exigeante sur le taux d’oxygène dissous dans l’eau que sa cousine européenne, la truite arc-en-ciel d’origine américaine est également un poisson omnivore et opportuniste. Comme elle est plus régulièrement active pour se nourrir que la fario, qui passe de nombreuses heures dans sa cache, la truite arc-en-ciel est particulièrement intéressante pour le pêcheur à la mouche.

Tout comme pour la truite fario, et contrairement à ce que de nombreux pêcheurs préconisent, je pense qu’il est bon de remettre à l’eau les truites arc-en-ciel de moins de 30 cm que vous pourriez capturer en rivière. Car si les grosses arc-en-ciel peuvent être prédatrices des petites farios, ce n’est pas le cas des plus petites et ces poissons offrent une belle pêche sportive.

truite arc-en-ciel à la robe très blanche
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