Portrait de Pierre KUNTZ

Pêcheur à la mouche alsacien

Pierre Kuntz en compétition sur la rivière Dore
Pierre Kuntz lors d’une compétition nationale sur la Dore

Pierre KUNTZ, né en 1994, a grandi à Lampertheim (67) et demeure désormais à Grenoble (38), où il est diplômé d’une école d’Ingénieur en science des matériaux. Il réalise actuellement une thèse au sujet des batteries Li-ion. Il a été très jeune gagné par la passion de la pêche à la mouche et s’est lancé dans l’aventure de la compétition en 2011. Il s’est très rapidement imposé comme l’un des meilleurs compétiteurs français, malgré son jeune âge.

En tant que compétiteur, Pierre est membre du club des sports de Meribel (73), section pêche à la mouche.

Mais si il pêche très régulièrement en réservoir et en rivière en tant que compétiteur, sa passion l’amène au bord de l’eau dès qu’il a un moment de libre. J’ai la chance de connaître ce sympathique jeune homme depuis son adolescence. Je l’ai vu évoluer dans sa technique et son approche de la rivière ou du réservoir et chercher sans cesse à progresser. Il sait se remettre en cause et s’adapter efficacement à toutes les conditions, ce qui est la marque des plus grands pêcheurs que j’ai eu le plaisir de rencontrer.

Pierre Kuntz avec un ombre de la Bruche
Pierre avec un bel ombre de la Bruche
Pierre Kuntz avec une belle truite fario de la Bruche
Pierre avec une truite fario du parcours no-kill de Muhlbach sur Bruche

Si son palmarès est d’ores et déjà impressionnant comme compétiteur (cf. infra), il s’est également imposé comme capitaine auprès des équipes de jeunes, démontrant des qualités de meneur d’hommes. Il n’en a pas pour autant perdu son humilité naturelle et est toujours prêt à partager une observation ou une technique avec ceux qui le rencontrent sur un spot de pêche. Si vous avez cette chance, n’hésitez pas à lui demander conseil. Il se fera un plaisir de partager l’une ou l’autre de ses astuces de compétiteur avec vous.

Sa manière de pratiquer la pêche à la mouche

  • Débuts à la mouche : 2008 (compétition en 2011)
  • Techniques mouche pratiquées : sèche, sèche/nymphe,  nymphe à vue, nymphe au fil, streamer, noyée, boobies
  • Techniques mouche préférées : la sèche sans hésitation, mais « les aléas des conditions de pêche et l’humeur des poissons » font qu’il pêche la majorité du temps en nymphe.
  • Cannes préférees pour cette technique : maxia MX4 9’4 soie de 3
  • Moulinets préférés pour cette technique : JMC yoto
  • Soies préférées pour cette technique : Scientific anglers VPT n° 3
  • BDL préférés pour cette technique : queue de rat 9 ou 12 pieds 5X
  • Ses mouches préférées :
  • sèche : sedge flanc de canne avec une collerette en lièvre
  • -noyée : hopper
  • -nymphe : pheasant tail, bille or/argent/cuivre, avec et sans tag
  • -streamer : « pouic » lapin, sparkler
  • Rivières préférées : La Bruche (67), la Dranse (74), l’Aude (11)
  • Réservoirs préférés : Réservoir des cigognes à Seltz (67), La landie (63), La mouille (74), Barouchat (73)
  • Poissons pêchés préférés :truite fario et ombre commun. Il apprécie particulièrement de pouvoir attraper ces deux espèces au même endroit
  • Meilleurs souvenirs de pêche à la mouche: Son premier titre de champion du monde en 2016 en Espagne, en tant que capitaine de l’équipe de France des jeunes. Au jour d’aujourd’hui, la France est la seule équipe à avoir remporté le titre de champion du monde ainsi que les 3 premières places du classement individuel lors d’un championnat du monde.
un sedge en cane et lièvre, Cliquez pour voir  son pendant chez C.B.F. le SCL
Sege en plume de cane et colerette lièvre
nymphe casquée, cliquez sur la photo pour voir son pendant chez C.B.F. la  TVC-2
modèle de nymphe que Pierre Kuntz affectionne

Son palmarès en compétition

-Champion de France D2 rivière 2013 -Vice-champion de France D1 rivière 2017 -Troisième D1 rivière 2018 -Troisième par équipe du championnats du monde des jeunes 2012 (France) -Champion du monde jeune par équipe en 2016 (Espagne) et 2017 (Slovénie) -Champion d’Europe senior par équipe 2017 (Portugal) -Vice-champion d’Europe individuel senior 2017 (Portugal)

Pierre Kuntz sur la Bruche
Pierre dans ses oeuvres sur la Bruche à Molsheim
Pierre Kuntz avec une belle truite arc-en-ciel de la Bruche
Pierre avec une belle truite arc-en-ciel sur le parcours mouche de la Bruche à Schirmeck
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Portrait de Jean-Louis PREISSER

Pêcheur à la mouche alsacien

Jean Louis Preisser en Colombie Britannique avec un beau saumon coho

Jean-Louis PREISSER demeure à Strasbourg (67), où il est né en 1939. Pudique, presque timide, il ne se livre pas facilement, mais pour celui qui saura le mettre en confiance, Jean-Louis sera une source intarissable et vivifiante de passion de la pêche à la mouche. Cette passion le guide en permanence dans son approche des matériaux, des rivières, de la nature, jusqu’à sa philosophie de la vie.

Jean-Louis était jusqu’en 2005 l’un des derniers maîtres canniers français, spécialiste du bambou refendu. Il fabrique encore de rares modèles de ces merveilleux outils de pêche et n’a de cesse de perfectionner ses modèles les plus récents (cf. photo infra).

Sa manière de pratiquer la pêche à la mouche

Un équipement de qualité fait maison
  • Débuts à la mouche : 1957
  • Techniques mouche pratiquées : toutes les techniques
  • Techniques mouche préférées : noyée avec train de 3 mouches
  • Cannes préférees pour cette technique : bambou refendu PREISSER 8 à 9 pieds, # 5
  • Moulinets préférés pour cette technique : artisanal (1998-J.Claude Chenavas), en duraluminium, multiplicateur, avec ratio 1/3 ; LOOP evotec LW 4 seven
  • Soies préférées pour cette technique : Devaux WF 5F, Teeny T130 à pointe plongeante
  • BDL préférés pour cette technique : queue de rat Devaux (1,50 m) + pointe 20°/°°, suivie de 3 brins décroissants (70 cm) en 18, 16 et 14°/°°
  • Ses mouches préféres : Ephémère corps jaune montage parachute en sèche, noyées en plumes molles (cf. photo infra), corps tressé ou vynil rib pour les nymphes, streamer lapin noir avec casque tungstène
  • Rivières préférées : Murg, Forbach et Kinzig en Allemagne. Skeena et ses affluents en Colombie Britannique au Canada.
  • Réservoirs préférés : Réservoir des Cigognes à Seltz (67)
  • Poissons pêchés préférés : Tous les salmonidés
  • Meilleurs souvenirs de pêche à la mouche: Sa rencontre au bord de la Murg, en 1996, avec Reinhold Bruder, ancien champion d’Allemagne de casting, qui est devenu son ami depuis cette rencontre.
le train de mouches noyées classique de Jean-Louis Preisser

Son « angoisse créative », qui le motive dans une recherche permanente, et le souci d’amélioration de tout ce qu’il touche, en fait également un extraordinaire monteur de mouches et un pêcheur hors pair. Se nourrissant de toutes ses rencontres et des connaissances existantes, il partage volontiers ses expériences. Vous ne le rencontrerez plus en Colombie Britannique, où il aimait traquer les truites steelhead et les saumons cohos. Jean-Louis pêche désormais essentiellement l’espace Rhénan. Vous aurez peut-être la chance de le rencontrer en Alsace (réservoir des Cigognes) ou en Allemagne (Murg, Kinzig).

Jean-Louis Preisser en 2017
Jean-louis Preisser présente une série de ses cannes en bambou refendu
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Portrait de Marcel RONCARI

Pêcheur à la mouche alsacien

Marcel Roncari avec une belle fario de la Traun allemande

Marcel RONCARI, né en 1955, demeure à Waltenheim (68), où il a été responsable du club mouche des 3 Frontières pendant plus de 20 ans. Collaborateur régulier de magazines de pêche, certainement le plus connu des moucheurs alsaciens, Marcel est un pêcheur hors pair, une véritable « bête de pêche », et ceux qui ont eu l’occasion de pêcher en sa compagnie se disent tous impressionnés par sa capacité à repérer et faire mordre les poissons les plus difficiles.Guide de pêche professionnel depuis plusieurs années, depuis 2013 également pour le compte de l’agence DHD Laika, Marcel est aussi l’un des meilleurs spécialistes du saumon en Alaska (30 années de présence sur place). C’est un pêcheur à la mouche passionné qui voyage, accompagne, et teste lui-même à travers le monde les sites et destinations de pêche qu’il guide: Bahamas, Mexique, Patagonie, Suède, Norvège, Allemagne, Autriche. Ayant inventé et mis au point une technique personnelle de nymphe au fil, qu’il enseigne volontiers, Il propose également des sorties « nymphe au fil », sur le Doubs à Goumois, dès l’ouverture de la 1ère catégorie. Sa philosophie est fondée sur la qualité de la pêche, l’amitié entre pêcheurs et le respect des rivières et des poissons.

Un bel ombre commun pris par Marcel Roncari en Autriche, sur la salza
Marcel Roncari avec un bel ombre de la Salza (Autriche)

Marcel est également un excellent monteur de mouches (cf. infra), et plusieurs de ses modèles sont redoutables, comme la « 3615 TF » pour le réservoir ou ses pheasant- tail casquées pour la rivière (cf. photos)

Sa manière de pratiquer la pêche à la mouche

Nymphes de Marcel Roncari: des nymphes classiques pour la nymphe au fil
  • Débuts à la mouche : 1974
  • Techniques mouche pratiquées : nymphe, sèche
  • Techniques mouche préférées : nymphe au fil
  • Cannes préférees pour cette technique : Depuis 2012, « Guide Pass » chez Sage, il utilise toujours les dernière nouveautés Sage, avec une prédilection pour la Sage X.
  • Moulinets préférés pour cette technique : Sage Spectrum Max et Evok
  • Soies préférées pour cette technique : flottante, orange et à dater de Mars 2019, ses soies spécifiques en collaboration avec la marque Traun River Products de Rudi Heger .
  • BDL préférés pour cette technique : Monofilament en 12°/°° de 6,00 m de long.
  • Ses mouches préféres : CDC et spents en sèche, Pheasant-tail et casques d’or plus ou moins lourds en nymphe.
  • Rivières préférées : Doubs à Goumois (25), Vieux-Rhin (68), Traun en Bavière (Allemagne), la Salza en Autriche, rivières d’Alaska (U.S.A.)
  • Réservoirs préférés : Réservoir des cigognes à Seltz (67), La Landie (63), Ostwormersee (NL)
  • Poissons pêchés préférés : l’ombre commun et le bonefish.
  • Meilleurs souvenirs de pêche à la mouche: La prise d’un ombre de 61 cm, en sèche, sur le Vieux-Rhin. La prise d’une perche du Nil de 126 lbs sur un bas de ligne de 20 lbs (à 4 lbs du record du monde IGFA)

Si vous souhaitez bénéficier de ses services ou simplement lui demander conseil pour un voyage de pêche, vous pouvez le contacter par e-mail : Marcel.Roncari@wanadoo.fr, ou au téléphone : (portable) 06.74.57.20.34, (fixe) 03.89.28.31.25 Vous pouvez également visiter son site internet.

Marcel Roncari avec un bonefish
Marcel Roncari avec un bonefish
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Mes mouches de base pour l’Europe

Voici les mouches qui me réussissent bien lors de mes séjours de pêche en Europe depuis 1983. Conseillées et utilisées par mes clients moucheurs depuis 2009, elles ont très régulièrement fait leurs preuves en Allemagne, Autriche, Italie, Slovénie, Bosnie, Serbie, Croatie, tout comme en Norvège (Glomma). Vous les retrouverez dans une sélection de mouches de la collection C.B.F. intitulée Europe.

Une poignée de CBF -Claude Behr Fancy

La CBF me vaut depuis des années régulièrement un grand nombre de montées et de prises du printemps jusqu’à la fin de l’automne, faisant bouger des poissons qui ne gobent pas et faisant même décoller les gros ombres, qui évidemment ne la prennent pas toujours. En cas d’infidélité, nous y revenons toujours, car les plus grands poissons gobeurs la laissent rarement passer sans l’honorer d’une montée…

Petit Diablotin Rouge

La PDR est une excellente imitation de trichoptère (sedge) et elle se montre souvent très efficace quand la rivière est survolée par des nuées de petits sedges. De plus, elle est bien visible dans les courants, même de loin.

Spent Hepta Perdrix -1

La SHP a été testée et améliorée sur quatre ans. Initialement avec le corps en fil de montage et une aile CDC grise, elle est devenue plus visible avec une aile en CDC clair, et plus prenante avec un corps en dubbing rouge. Flottant bas comme les insectes naturels, elle me permet régulièrement de tromper les plus beaux poissons qui prennent les imagos des grands héptagéneidés venant pondre et mourir au coup du soir !

Tag vert casquée -1

Même si je pêche peu en nymphe, de temps en temps je tente un poisson trophé à vue, ou quand aucun poisson ne s’active en surface il m’arrive de pêcher l’eau en nymphe au fil. Dans ces cas, mon premier choix est cette nymphe/noyée, la TVC, qui est mon modèle préféré. Elle intéresse régulièrement les beaux poissons et m’a valu, un jour particulièrement difficile, ma seule (belle) prise sur l’Idrijka.

Renégate Tête Rouge

La RTR est l’un des modèles qui m’a valu le plus grand nombre de prises en automne 2009, quand les ombres étaient peu enclins à monter en surface. Imitant parfaitement deux moucherons accouplés, il s’agit d’une mouche qui flotte bien et reste visible pour le pêcheur malgré sa petite taille. Son « cul » rouge et sa tête de la même couleur semblent réellement un plus par rapport aux rénégates classiques. Depuis 2015, elle s’avère très régulière sur de nombreuses rivières européennes ou les éclosions de petits black gnats rendent la pêche souvent très compliquée pour les moucheurs.

Peute Hommage Bresson-1

La PHB-1 est le modèle de Peute qui s’est avéré le plus régulier sur les ombres au cours des arrières saisons depuis 2010, alors que le modèle PHB-3, est le plus efficace sur les truites à la fin du printemps et en été. Elle est parfois particulièrement efficace aux coups du soir.

Klinkhammer Montage Maison -2

Cette KMM-2 m’a permis en juin 2011 de capturer une truite arc-en-ciel de 65 cm, en la faisant sortir de sous la haie où elle se planquait. Et deux jours plus tard son attractivité ne s’est pas démentie quand une grosse truite s’est retournée pour aller la chercher 3 mètres derrière elle, la chipant à une de ses congénères à qui je venais de la présenter. Elle est si régulière qu’elle figure en bonne place dans ma sélection des indispensables.

Terrestre Ornge Tag

La TOT est une imitation d’insecte terrestre, flottant bas mais ne coulant pas facilement, restant de plus très visible malgré sa petite taille. Ces dernières années elle a plusieurs fois surpassé la CBF en pêchant l’eau. Particulièrement efficace en l’absence d’insectes aquatiques, d’avril jusqu’en octobre. Parfois aussi surprenante d’efficacité aux coups du soir estivaux. Celle-ci est également en bonne place dans ma sélection des indispensables.

D’autres modèles nous réussissent régulièrement lors des séjours C.B.F., notamment les EBF-1 et EBF-2, en émergente au printemps, la CTC-1, sur hameçon 18 et 20 quand les poissons sont attablés sur les micro moucherons, et bien entendu la NTO, nymphe/noyée indispensable quand les conditions sont particulièrement défavorables pour la pêche à la mouche.

En prévision d’un voyage en Slovénie, Italie, Bosnie, Serbie, Croatie, ou encore Allemagne, Autriche, Norvège, comme de nombreux moucheurs qui me font confiance, vous pouvez vous fiez à la sélection Europe de 50 mouches de la collection C.B.F. que je propose pour ces destinations.

une truite arc-en-ciel trophée, prise par l'auteur en Slovénie sur une EBF-1, émergente de la collection des mouches C.B.F.
Une belle truite qui n’a pas résisté à une EBF-1 présentée le long de la rive opposée

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Ombres d’automne

un bel ombre de la Murg en Allemagne
Ombre commun. Thymallus thymallus

Thymallus thymallus  est le nom latin de l’ombre commun, seul représentant de la famille des thymallidés, proche des salmonidés. Il se caractérise par une grande nageoire dorsale, d’où son surnom de porte étendard. Il est depuis longtemps un poisson qui me fascine. J’aime par dessus tout le pêcher en automne, au point que je lui ai consacré un livre il y a quelques années. En voici un extrait, tiré du chapitre consacré au mois d’octobre:

 » Me voici face à la sortie des eaux traitées par la station d’épuration. Paradoxalement j’aime cet endroit où l’ingéniosité et la responsabilité des hommes permettent à la gent piscicole de résister à la modernité du siècle et à ses déchets. Sous l’encore épaisse voûte des arbres l’eau paraît si sombre, presque noire dans son contraste avec les pierres claires du bord. Je m’avance, sans faire de vagues, et me place,  à la limite des waders, légèrement à l’amont. J’observe le courant, les remous, les brindilles et les feuilles qui dérivent. Je devine les bonnes veines d’eau. Il y a bien quelques moucherons qui volètent de ci de là, mais rien qui ne justifie une activité. Je tente ma chance avec ma nymphe vers l’aval, sans la moindre tirée. Un petit « splash » sur ma gauche, tout contre cette grosse pierre, met mes sens en éveil. J’aurais juré que c’était un gobage. Depuis quelques minutes cela me démangeait de me mettre en sèche. La nymphe ne donne rien, alors s’il ne devait y avoir qu’un gobage autant qu’il soit sur ma mouche ! Je coupe le fil et rallonge mon bas de ligne.

Je choisis un petit cul de canard], avec une collerette dans les tons gris et  rosé, qui le distingue des bulles et des feuilles jaunes qui valsent autour de lui. Après deux lancers je le pose contre la pierre, mais rien ne se passe. Je l’ai peut être quand même seulement rêvé ce gobage ? Essayons le courant principal. Une montée en bout de course me surprend et je ferre dans le vide. Déçu, mais rassuré sur la présence de poissons,  je m’applique et refais plusieurs passages. Un gobage, celui-là aussi discret soit-il, je l’ai bien vu, se produit à la limite du calme de bordure et du courant. Mais des feuilles tombent en vrille,  et mes lancers deviennent chaotiques.

Après plusieurs posers hasardeux, la mouche tombe au bon  endroit, suit avec bonheur le vagabondage des vaguelettes l’entraînant dans la zone propice. Scénario idéal. Gobage franc sur ma mouche. Bingo ! Ferrage, ferme mais sans brutalité. Pendu! Cette fois ci c’est bel et bien un ombre, un magnifique thymallus[ qui me gratifie d’une chandelle puis d’un piqué vers l’aval, toutes nageoires déployées. Il se bat avec l’énergie du condamné. Il donne des coups de tête de gauche à droite pour essayer de se débarrasser du piquant.

Je préviens ses départs en inclinant la canne dans le sens opposé de la fuite. Elle plie spectaculairement, mais j’ai confiance, elle en a vu d’autres… Le temps suspend son vol et ces quelques instants me paraissent une éternité.

La rage de survie n’a pas suffi. Il le sait, il sent qu’il a affaire à un prédateur différent. Quelqu’un qui lui oppose ruse et technique au lieu de l’assommer, le piquer ou le mordre. L’ayant obligé à se rapprocher de moi, je peux le contempler. Superbe, furieux, nerveux et en même temps si délicat, fragile avec ses yeux étonnés. Devant l’épuisette il regagne de la vigueur et repart de plus belle. Je reprends le contrôle, doucement. Ne pas le brusquer ! Voilà, je le fais glisser au-dessus du filet. Il voudrait repartir mais les forces lui manquent. Je savoure l’instant. Je veux le toucher, lui ôter la mouche. L’hameçon sans ardillon sort facilement de sa bouche. Il me regarde, toujours étonné de ce qui lui arrive. Je le regarde et je l’admire.

Il est vraiment magnifique. Je le tiens contre ma canne. D’après mes repères il fait trente cinq centimètres. Il est plutôt longiligne, mais pas maigre. Il porte très peu de points noirs et sa livrée est d’argent. Sa grande dorsale est rouge bordeaux et  prune comme les plumes d’un paon. C’est avec émotion que je me reconnais en lui, un être vivant qui se bat pour se nourrir et ne pas mourir.

Un dernier regard et c’est avec fierté que je lui rends sa liberté. Il semble surpris de se retrouver dans son milieu et descend se poser sur le  fond. Paraissant prendre conscience de cette grâciation, à quelques centimètres de ma chaussure, ce vaillant opposant restera un long moment immobile à mes côtés comme pour me remercier de lui laisser la vie sauve. Puis, quand  il s’éloignera,  il ne restera  plus que l’ombre de cet ombre commun.

Car c’est ainsi qu’on le nomme, ce joyau de la Bruche.  Cette appellation est quand même paradoxale pour un  poisson si délicat, fin et  racé, en un mot si exceptionnel ! Et pas plus qu’il n’est commun, il ne mérite le masculin. Le féminin  lui siérait mieux, s’agissant d’une grande dame des eaux vives et non  d’un quelconque hobereau.

Je reprends mes esprits, puis ma quête jamais assouvie. Des feuilles mortes tournoient au-dessus de ma tête. « 

Ombres d'automne, un livre écrit par l'auteur, Claude Behr, en 2009

J’ai publié ce livre en 2009. Il est consacré à la quête d’un pêcheur à la mouche de la Bruche à travers les saisons. Vous y lirez quelques anecdotes et diverses réflexions sur la pêche à la mouche, l’art et la nature. Vous y découvrirez quelques coins de pêche en Alsace, mais aussi en France et à l’étranger.

En 10 ans beaucoup d’eau a coulé sous les ponts mais la situation de l’ombre commun s’est sérieusement dégradée dans toute l’Europe. Prédation des cormorans, dégradations des milieux, réchauffement climatique, diminution considérable des insectes qui constituent sa nourriture de base, l’espèce est même désormais menacée en Europe. En 2019 sa population a chuté considérablement et il est essentiel que les pêcheurs à la mouche remettent délicatement à l’eau les ombres communs qu’ils ont la chance encore de pouvoir pêcher à la mouche.

Si vous êtes intéressé par l’achat du livre, vous pouvez vous le procurer chez Decitre ou Amazon, où vous pouvez également vous procurer la version numérique. Début 2019, quelques rares exemplaires étaient encore disponibles dans le Bas-Rhin chez Jacky (Fario à Dorlisheim), Dans le Haut-Rhin chez Passion Pêche à Neuf-Brisach) et chez PLC à Colmar. Et enfin, il m’en reste quelques (rares) exemplaires dans ma boutique en ligne.

Ce qu’en a dit la critique

 » Ombres d’automne », c’est le titre de l’ouvrage de Claude Behr. Très bien écrit et bourré de références, ce petit livre se déguste comme un apéritif, au coin du feu. Article paru dans la revue Pêche Mouche de janvier -février 2010

« Les tribulations d’un pêcheur alsacien « . Depuis vingt-sept ans, Claude Behr déroule sa passion de la pêche à la mouche le long de la Bruche, une rivière alsacienne qu’il connaît comme sa poche. Mêlant humour, connaissances des poissons et de leur milieu, et réflexions sur une vie de pêcheur, ce livre égraine, mois après mois, la passion d’un homme pour un obscur objet du désir : la pêche. L’auteur délivre également une déclaration d’amour à la nature, théâtre de tous ses souvenirs halieutiques. Ainsi, il évoque sa rivière avec tendresse : « La vallée de la Bruche est toujours belle en ce mois qu’on dit joli [mai]. Les verts dominent les paysages, inondent les prairies qui se constellent du jaune des boutons d’or et des fleurs de pissenlits ». Claude Behr aime sa rivière et nous donne également envie de s’y perdre avec lui. Article paru dans Pêches sportives n° 82 de janvier-février-mars 2010

ombre de la Bruche
Ombre commun (thymallus thymallus) de la Bruche
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